Les 400 Coûts™: un jeu pour partager les enjeux de la DAF

Sophie Buffet, HEC, d’abord consultant RH chez Quaternaire Education, a continué sa carrière comme dirigeant financier opérationnel dans l’industrie avant d’être DAF d’auFeminin.com. En 2004, elle monte Actilude, qui organise dans les entreprises des jeux pédagogiques alliant la modélisation rigoureuse à l’approche ludique.

New-CFO : La finance est-elle un jeu d’enfants ?

Sophie Buffet : Dans le cadre d’Actilude, nous proposons une pédagogie active dans le domaine de la finance pour les non-financiers. La finance, c’est une culture, un savoir à acquérir, dont la quantité est souvent sous-estimée par les financiers eux-mêmes. Or ce vocabulaire, ces fondamentaux, ces « évidences » ne sont pas données à tout le monde – ce n’est certes pas un jeu d’enfants ! Il faut partager cette culture, et le jeu en offre une possibilité particulièrement productive.

New-CFO : Le partage des enjeux financiers peut-il être un ciment de l’entreprise ?

Sophie Buffet : Combien de cadres sauraient citer les 6 ou 7 indicateurs financiers clés de leur entreprise ? Et les définir ? On a créé le management participatif, l’innovation participative… mais très peu de sociétés ont mis en place une finance participative, avec une vraie pédagogie pour l’encadrement, et une vraie prise en mains de l’impact financier de leurs actions par les opérationnels.

Pourtant, chacun a déjà vécu un cas où une plus grande transparence sur les données financières a permis de faire sauter des verrous qui bloquaient des améliorations possibles. C’est tout l’intérêt d’une communication financière interne.

New-CFO : Quelle peut être la place du jeu dans une communication financière interne ?

Sophie Buffet : Tous les pédagogues le savent : s’amuser et avoir envie de gagner donne de l’énergie pour apprendre. C’est vrai aussi dans le domaine de la communication financière interne. Le jeu a fait ses preuves pour aider les cadres non financiers à dépasser leurs blocages vis à vis des chiffres… et peut-être plus particulièrement de la comptabilité.

L’amusement ne s’oppose pas au sérieux. Au contraire, il permet d’arriver à l’apprentissage l’esprit positif et dynamique, plus ouvert à l’expérience et à la mémorisation. Mais un jeu sérieux, c’est un jeu qui modélise le schéma fondamental d’un expert dans son métier pour mieux le transmettre.

Lors de la polémique récente sur les notes à l’école élémentaire, j’ai entendu un professeur des écoles dire : « il ne faut pas faire croire aux gens qu’on apprend en s’amusant. On apprend dans le labeur. Le plaisir vient, ensuite, du savoir acquis. »  Je comprends ce qu’il veut dire. Par exemple, en finance pour non financiers, si vous prenez les comptes d’un concurrent, vous allez faire un effort pour calculer vos indicateurs clés, mais quand vous aurez fini, vous disposerez d’un tableau parlant, intéressant et gratifiant. Cependant je crois quant à moi qu’il y a du plaisir à se montrer curieux. Et que le mot « labeur » ne convient pas du tout pour décrire la concentration.

New-CFO : Qu’est-ce que « Les 400 Coûts » ?

Sophie Buffet : Le jeu « Les 400 Coûts™ » est un jeu de plateau qui modélise le compte de résultat analytique en liaison avec les flux physiques de production et d’expédition. L’idée est toute simple : on fabrique et on expédie des objets (des tirelires, NDLR) pendant une minute et on calcule le résultat de la minute écoulée à l’aide de jetons qui représentent le prix de vente des produits expédiés au fur et à mesure de leur mise à disposition, les coûts variables des produits expédiés (intégrés dans les produits au fur et à mesure de leur fabrication) et les coûts fixes de la minute (visualisés à part, par fonction).

New-CFO : Quels sont les objectifs du jeu ?

Sophie Buffet : Les 400 Couts™ constituent un modèle très efficace pour comprendre la différence entre les coûts variables et les coûts fixes, la notion de contribution, et surtout, pour expérimenter l’impact des leviers de l’efficacité sur la marge. Que se passe-t-il sur la marge en cas d’arrêt ?  En cas de défaut ? Pourquoi laisser passer un défaut coûte plus cher ? Combien gagne-t-on si on vend plus ? Combien perd-on si on vend moins ?

C’est aussi un raccourci pour comprendre et mémoriser la différence entre les flux de stock, les flux de résultat et les flux d’argent, sans passer par des exercices laborieux. Par exemple, l’impact des variations de stock. Que se passe-t-il si on fabrique pour le stock : sur le résultat de la minute ?  Ensuite, si l’on vend le stock ? Où si on le jette ?

Le jeu peut servir aussi pour visualiser ce qu’est la dotation d’amortissement, ou pour travailler sur les coûts de revient complets, en saisissant au passage la différence entre coûts directs et indirects.

Pour résumer, le jeu modélise le schéma que j’avais en tête quand j’étais directeur financier en usine et que je me représentais financièrement ce dont on me parlait (incident, idée d’amélioration…). L’approche permet d’entraîner la curiosité et de faire partager les enjeux financiers de l’entreprise par tous ceux qui la font.

Sophie Buffet, Actilude : 01 43 57 44 41

Propos recueillis par Thierry Gillmann

Partager sur :

Réagissez Abonnez-vous à la newsletter

Nous vous conseillons de lire également ces articles