Industrie : comment les logiciels de gestion de production répondent-ils aux défis du made in France ?

Parole d’expert

Laurent Luce
Chef de Marché Industrie chez Sage

Pourquoi la relocalisation des PMI en France est-elle aujourd’hui possible ?

Phénomène qui a débuté dans les années 70 et qui s’est fortement accéléré à la fin des années 90 avec l’avènement de la mondialisation, la délocalisation des industries a touché de plein fouet les pays occidentaux. Les raisons sont multiples, mais ce sont avant tout les économies de coûts qui ont motivé les entreprises à trouver des terres d’exil à la main d’œuvre bon marché. Un calcul rationnel à l’époque mais qui ne mesurait pas les conséquences macro-économiques.

Au-delà de la désindustrialisation de la France qui a entraîné un chômage massif dans le secteur industriel (12 000 à 15 000 emplois détruits dans le secteur industriel depuis 1995 en moyenne par an, selon l’INSEE (1)), la délocalisation a aussi eu pour conséquence la perte du savoir-faire de ses travailleurs dans des spécialisations sectorielles. Parallèlement, les pays émergents ont gagné en compétence, tant en spécialisation qu’en production de masse. L’écosystème industriel s’est donc progressivement déplacé de l’Europe vers l’Asie, qui est ainsi devenu le territoire des investissements pour l’innovation des produits.

Aujourd’hui, on assiste à un phénomène de relocalisation des industries vers l’Europe. D’une part, pour ne pas laisser les leviers d’innovation à d’autres, mais aussi parce que la technologie, et en particulier les nouveaux logiciels de gestion de production, rendent cela viable, mesurable et même avantageux, notamment pour les PMI. D’ailleurs, comme le révèle le baromètre de la transformation numérique des PMI françaises (2), le numérique fait partie des projets des dirigeants de PMI. Laurent Luce, Chef de Marché Industrie chez Sage, nous éclaire sur les avantages de la relocalisation et sur la façon dont les logiciels de GPAO et les ERP la soutiennent étape par étape.

Produire en France ne coûte pas plus cher avec une bonne gestion

Si le gouvernement français encourage les industriels à relocaliser leurs usines dans l’hexagone, c’est avant tout pour que le pays puisse sauvegarder et créer des emplois, mais aussi pour protéger son savoir-faire dans des industries de pointe ou plus traditionnelles. D’ailleurs, le moment est propice : les coûts de production ont augmenté dans les pays émergents, avec entre autres une progression de 20% des salaires, réduisant ainsi l’intérêt d’y produire massivement, du moins pour les produits milieu et haut de gamme.

L’objectif pour les industriels est de faire en sorte que les coûts de main d’œuvre représentent 8 à 15% des coûts globaux des produits finis. De grands groupes industriels y parviennent en France, sans tirer les salaires vers le bas. Ces coûts pouvant difficilement être réduits, ce sont d’autres axes de coûts sur lesquels il est possible d’effectuer des économies. La GPAO (Gestion de Production Assistée par Ordinateur) permet de piloter au mieux ces coûts, en identifiant le coût par pièce de chaque produit fini (investissements machines, matière première, main d’œuvre) afin de déterminer où se trouvent les poches d’économies réalisables.

Avec une bonne gestion, il est généralement possible de diminuer les stocks de matières premières de 20%, et donc leur coût de stockage et leur valeur comptable. En effet, le module CBN (Calcul de Besoin Net) d’une GPAO permet de gérer au plus proche les relations avec les sous-traitants locaux et fournisseurs en France. Le module de GMAO (maintenance) permet également de gérer le coût de cycle de vie des machines (TCO), en contribuant à l’optimisation de leur taux de rendement synthétique (TRS) et en déterminant leur taux d’amortissement.

En disposant d’un ERP complet dans lequel la gestion de production est intégrée à la gestion commerciale, l’entreprise peut également alléger sa chaîne d’achat, devenue plus complexe et plus coûteuse aujourd’hui. Ce type d’outil permet de savoir d’où l’on part, où l’on va, à quel coût et avec quel prix de vente possible et donc quelle marge dégager.

Relocaliser pour alléger les coûts et contraintes logistiques

L’entreprise doit disposer d’une trésorerie suffisante pour produire à l’étranger car par exemple en Chine, les sous-traitants exigent généralement d’être payés 30% à la commande et 70% au départ de la livraison.

De plus, la chaîne de valeur logistique est parfois longue, entraînant des délais de livraison pénalisant, tandis que le coût de transport des marchandises à lui aussi augmenté. Aussi, produire loin pour distribuer en France n’est plus spécialement intéressant financièrement et nécessite un BFR solide et rigide.

Par ailleurs, le besoin de traçabilité des matières premières et des produits finis fait désormais partie des contraintes inévitables de l’industrie mondialisée. La GPAO assure ce suivi de façon fiable, il s’agit d’ailleurs de la première raison d’acquisition de ce type de logiciels pour les PMI. La traçabilité est une information indispensable pour assurer aux clients finaux qu’ils achètent bien français.

Le retour en force du Made in France

Le grand public est aujourd’hui sensibilisé à l’argument du fabriqué en France, en partie grâce aux efforts du gouvernement en la matière ainsi que des industriels qui ont joué le jeu dans leur communication. La nécessité de sauvegarder les emplois en période de crise et la volonté de consommer en toute sécurité, rencontre un écho favorable chez les consommateurs et c’est une opportunité à saisir pour les PMI.

Pour justifier que ses produits sont bien fabriqués en France, une entreprise peut s’appuyer entre autres sur deux labels : « Made in France » et « OFG (Origine France Garantie) ». Pour être éligible à l’un de ces labels, il faut pouvoir prouver qu’au moins 50% de la production du produit a été réalisée en France et répondre à des critères de qualité contrôlés par Veritas. Une analyse précise des processus de production est donc nécessaire et là encore apportée par un logiciel de GPAO.

Une compétitivité hors coût déterminante et au cœur du processus de relocalisation

Si elles relocalisent en France, les PMI peuvent espérer profiter d’une baisse de leurs coûts, d’une amélioration de leur trésorerie, de leurs délais de livraison et d’un allègement de la chaîne d’achat. Mais elles peuvent surtout bénéficier d’une compétitivité hors coût.

En premier lieu, elles peuvent améliorer grandement la qualité de leurs produits. Un même produit fabriqué en France ou en Asie n’aura pas le même taux de qualité, et les preuves ne manquent pas pour illustrer cet état de fait. Les modules de qualité et de standardisation à la norme ISO, disponibles dans la GPAO, constituent une garantie dans ce domaine.

Les entreprises industrielles peuvent également répondre plus facilement à une autre tendance de fond demandée par les consommateurs finaux : la personnalisation des produits. La complexité de mise en place de plus petites séries de produits pour répondre de façon ciblée à la demande s’accommode mieux d’une production sur site que délocalisée, si on veut là encore produire qualitativement. La GPAO propose à ce titre des gammes et des nomenclatures standards et spécifiques à même de répondre au besoin d’agilité de production nécessaire. Il en va de même pour l’innovation, soutenue par des modules de CAO (Conception Assistée par Ordinateur) ou de PLM (Product Lifecycle Management) dans un ERP.

In fine, l’amélioration des différents facteurs de compétitivité hors coût (qualité, innovation, personnalisation, made in France…) permet d’augmenter la notoriété de l’entreprise et donc ses parts de marché face à la concurrence. Une solide rampe de lancement pour s’engager ensuite dans l’export vers des pays demandeurs de produits français, comme l’Asie par exemple.

Si les conditions conjoncturelles sont aujourd’hui réunies pour pouvoir produire en France, c’est bien l’utilisation d’outils de GPAO ou d’ERP performants (mais pas nécessairement coûteux, avec par exemple des abonnements mensuels) qui permet aux entreprises de comparer les avantages et les inconvénients d’une délocalisation/relocalisation, grâce à des simulations effectuées à partir de leurs données. Une bonne gestion de production innovante est donc indispensable à la PMI pour qu’elle bénéficie d’un levier de compétitivité et d’une activité pérenne. Son innovation profite finalement à tout son écosystème et par extension à la France elle-même.

Sources
(1) « Flux de main-d’oeuvre, flux d’emplois et internationalisation », INSEE : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/ECOFRA07E.PDF
(2) Baromètre mené en collaboration par Sage, L’Usine Nouvelle, et Econocom, octobre 2014

Partager sur :

Réagissez Abonnez-vous à la newsletter

Nous vous conseillons de lire également ces articles